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MEP
du 14 mai au 6 juillet 2007, photographies: MEP
Date : 22/05/2007
Auteur : P. Olivier SCHMITTHAEUSLER, mep
PAUVRETE ET RICHESSE
Levez les yeux et regardez : qui a créé tout cela ?
Celui qui déploie toute l'armée des étoiles, et les appelle chacune par son nom. Si grande est sa force, et telle est sa puissance qu'il n'en manque pas une. (Isaïe 40,26)
Mais c'est Lui aussi qui "rend des forces à l'homme épuisé, (qui) développe la vigueur de celui qui est faible", plus encore c'est lui qui "a rabaissé ceux qui siégeaient dans les hauteurs, (qui) a humilié la citadelle inaccessible, (qui) l'a jetée à terre…. Elle sera foulée aux pieds par les humbles, piétinée par les pauvres gens." (Isaïe 26,6)
En écoutant les textes d'Isaïe en ce temps d'Avent et en méditant sur le mystère de Noël où la puissance de Dieu se manifeste dans la fragilité d'un enfant, je voudrais partager quelques réflexions qui me viennent à l'esprit.
Ma pauvreté ? Être riche !
Mon combat ? Me faire proche des petits pour ouvrir ensemble des passages possibles…
Il n'y a pas de secret, je suis riche ! Et je suis considéré comme tel. Paradoxalement, c'est au cœur de cette image que je donne de moi-même que se trouve ma plus grande pauvreté.
Au début de ma mission au Cambodge, j'ai habité un an dans une maison faite de bouts de bois, nous étions six dans l'unique pièce, quelques tôles servaient de sanitaires qu'on rejoignait après avoir traversé un champ de boue en saison des pluies.
Aujourd'hui, ma chambre à la paroisse se réduit à un cagibi de 2,50 mètres sur 1,50 mètres.
Mais ce ne sont là que des apparences et personne ne s'y trompe d'ailleurs : je ne suis pas pauvre. Alors j'essaye d'apprendre à vivre avec mes richesses, dans cette attitude du cœur et de l'esprit que je ne possède rien, ce que j'ai reçu je le donne : aussi bien l'argent que mes capacités diverses, mon temps et mon énergie. Ma vie. Car c'est pour cela que j'ai été envoyé.
Je ne possède rien ni personne. Combien de jeunes et d'adultes qui me sont confiés aimeraient être possédés : le père aide; le père pense pour moi. Papa, tu décides quelle filière je dois suivre à l'université, quel métier je peux faire… Et combien de fois je me suis laissé surprendre à vouloir penser leur avenir, à vouloir posséder leur liberté. Je suis là pour ouvrir des passages qui conduisent à cette parole : vas, tu es libre, sois heureux !
Je travaille avec des pauvres : jeunes de communautés naissantes perdues dans les rizières, foyers d'étudiants, lycéens, et même des exclus comme des malades du sida installés dans un camp au milieu des collines, rares sont ceux qui sont au-dessus des critères du seuil de pauvreté établi par des institutions internationales bien pensantes. Mais ils attendent un avenir. Le Père a de l'argent. Il est riche. Il va nous nourrir, nous payer des études, des habits, un vélo, pourquoi pas une moto ou un téléphone. Des médicaments... Et j'aimerais bien suppléer à tous leurs besoins. Ça fait du bien d'aider. Encore une richesse que je combats pour devenir un peu le pauvre des Béatitudes.
Aimer sans attendre de retour. Aimer pour aimer. Et aider oui, mais ni pour suppléer ni pour assister. Aider à mettre debout. Car ces pauvretés que je rencontre ne sont pas un idéal de vie et ne le seront jamais. Ma mission n'est pas de laisser les pauvres dans la boue sous prétexte que la pauvreté doit être le critère de la vie évangélique conforme. Ma mission est d'apprendre aux pauvres à marcher seul, pour sortir de cet état de dépendance qui annihile tout ce qui fait la richesse de l'homme.
Mon combat quotidien est de mettre en place des passerelles vers un avenir meilleur qui aide à s'épanouir et à grandir en humanité.
Le lycée Saint François au milieu des rizières a été pensé pour permettre à des dizaines de jeunes de développer leurs capacités intellectuelles et humaines en leur donnant une formation solide; la Maison de la Soie aide des jeunes filles à se sortir de la misère; le Centre Jean Paul II pour la Vie qui rassemble des sidéens rejetés par la société s'efforce de redonner une dignité par l'élevage de vers à soie et la mise en culture de lopins de terre pour se nourrir; les divers foyers de lycéens et d'étudiants essayent de former les pauvres à devenir les élites de demain.
Riche je le suis, mais au fond de mon cœur je me bats pour que les pauvres trouvent cette dignité et cette grandeur enfouies au plus profond d'eux. Marques de Dieu qui élève les humbles et comble de biens les affamés.
Je porterai certainement cette croix de la richesse et des étiquettes qui me sont collées toute ma vie, mais là où j'en suis sur ma route, j'essaye d'utiliser cette pauvreté pour la transformer en richesse pour d'autres, ceux que la société a déclaré pauvres ou exclus.
Peu à peu j'apprends à me laisser habiter par ce beau mystère de la richesse de la pauvreté : donner, s'abandonner, se laisser déposséder pour recevoir, pour accueillir l'autre, pour se laisser habiter par l'Autre.
A la fin de la saison des pluies au Centre Jean Paul II pour la Vie, il y avait de belles fleurs orange que je ne manquais jamais d'admirer à chacune de mes visites. Un jour, au moment où je remontais dans ma voiture, Say un petit bout de chou de 5 ans court vers moi et pose sa petite main fragile et noire de terre dans ma main pour y déposer quelques graines de ces jolies fleurs orange. Elle les avait délicatement ramassées et fait sécher pour me les offrir.
Merci Seigneur pour la beauté de la Vie que tu nous donnes.
Ma prière se tourne inlassablement vers notre Dieu riche en puissance d'Amour afin qu'Il m'ouvre le regard et le cœur, pour me laisser transformer à son image et accueillir l'autre sans cesse.




